Architecte intérieur & investisseur immobilier

Ce que je regarde pendant que tu regardes la cuisine

En visite, la plupart des gens passent leur temps sur ce qui se change. L’état de la cuisine, la couleur des murs, le carrelage de la salle de bain, la moquette du couloir.

Tout cela se remplace. C’est la partie du bien qui coûte le moins cher à corriger et qui influence pourtant le plus la décision d’achat, dans les deux sens. Une cuisine récente fait acheter des biens qui ne le méritaient pas. Une peinture fatiguée fait fuir des opportunités.

Un architecte regarde l’inverse. Il regarde ce qui ne se change pas, ou pas sans y laisser beaucoup d’argent.

La lumière et l’orientation

C’est le seul élément du bien qu’aucun budget ne rattrape. Une pièce plein nord restera une pièce plein nord. Un vis-à-vis à six mètres restera un vis-à-vis à six mètres.

Je regarde d’où vient la lumière, à quelle heure, et ce qu’elle éclaire. Une visite à 11h et une visite à 17h ne racontent pas le même logement. Quand c’est possible, je passe deux fois.

Prise de notes pendant une visite de bien

La structure

Quels murs peuvent tomber, lesquels ne tomberont jamais. C’est ce qui détermine si le bien peut devenir autre chose que ce qu’il est. Un logement mal distribué mais dont les cloisons sont libres offre un potentiel considérable. Le même logement avec des porteurs au milieu est condamné à sa distribution actuelle, quel que soit le budget.

Les réseaux

Où passent les évacuations, où sont les colonnes, quelle est la distance entre le point d’eau existant et l’endroit où tu voudrais le mettre. Déplacer une cuisine de trois mètres est parfois anodin, parfois impossible sans reprendre un plancher. Rien ne le laisse voir sur les photos de l’annonce.

Ce qui est en dehors du logement

L’état des parties communes, qui dira ce que la copropriété a entretenu et ce qu’elle a repoussé. Les procès-verbaux d’assemblée générale, qui annoncent les travaux votés et ceux qui arrivent. Le règlement de copropriété, qui peut interdire l’usage que tu projettes.

Ces documents ne se lisent pas pendant la visite, mais ils se demandent pendant la visite. Beaucoup d’investisseurs les découvrent après la signature.

Les dix minutes qui suivent

Je ne repars jamais directement. Je m’arrête, je note à chaud et je photographie systématiquement, y compris ce qui semble sans intérêt : les angles, les plafonds, le tableau électrique, les seuils, les hauteurs.

La mémoire d’une visite s’efface en quelques heures et se déforme en quelques jours. Ce que tu crois avoir vu et ce que tu as vu divergent très vite, surtout après trois visites dans la même journée.

Un croquis grossier fait sur place vaut mieux qu’un souvenir précis. Il fixe les proportions réelles, pas celles que l’enthousiasme reconstruit.

Le vrai sujet

Tu n’achètes pas un logement dans son état actuel. Tu achètes ce qu’il peut devenir, et la distance entre les deux se mesure pendant la visite, pas après.

Un bien correct au potentiel nul se paie plus cher qu’il ne vaut. Un bien décourageant au potentiel réel se paie moins cher qu’il ne vaut. Savoir lire cette différence est ce qui sépare une bonne opération d’une opération subie.

Si tu veux un regard extérieur sur un bien avant de te positionner, c’est ce que permet une consultation diagnostic sur place.

Mickael

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